Prediche sopra Aggeo.
Edizione nazionale delle opere di Girolamo Savonarola, Roma, Angelo Belardetti Editore
Présentation
Le contexte
Entre le 1er novembre et le 28 décembre 1494, dans la cathédrale Santa Maria del Fiore, Savonarole prononce le cycle de sermons connu sous le nom de Prediche sopra Aggeo. Au début du mois de septembre, le roi de France Charles VIII avait franchi les Alpes, revendiquant ses droits sur le royaume de Naples en tant qu’héritier de Charles d’Anjou. Pierre de Médicis, qui lui cède les forteresses défendant Florence à la fin octobre, est chassé de la cité le 9 novembre par une population qui réclame la liberté. À la demande du gouvernement florentin, Savonarole rencontre le roi – qu’il voit comme un nouveau Cyrus – le 5 et le 21 novembre. Une semaine plus tard, les Français quittent Florence après avoir conclu un accord : Pise, Livourne et les forteresses cédées par Pierre de Médicis ne reviendraient à Florence que deux ans après la fin de l’entreprise de Naples. En retour, le roi accordait à la cité le droit de porter ses armes et la liberté de commerce dans le royaume de France et dans le royaume de Naples. Tandis que Charles VIII continue sa progression vers Rome, à Florence les conseils médicéens sont abolis et les 22 et 23 décembre sont instaurés le Grand Conseil et le Conseil des Quatre-vingts, que le prédicateur et ses partisans voient comme l’œuvre de Dieu et les instruments du renouveau.
Transmission des sermons et tradition éditoriale
Le frontispice de l’édition des sermons sur Aggée parue à Venise en 1544 chez Bernardino de’ Bindoni indique que les sermons ont été « recueillis […] sur le vif par frère Stefano da Codiponte son disciple ». Cependant, comme d’autres, frère Stefano a dû quitter Pise et son couvent de Santa Caterina lorsque les autorités pisanes ont vu dans les sympathisants savonaroliens des adversaires potentiels au moment où leur ville s’est séparée du territoire florentin. Stefano da Codiponte n’étant arrivé à Florence qu’en janvier 1495, il ne pouvait pas y être pour écouter les sermons sur Aggée qu’il est censé avoir pris en notes. Par ailleurs, dans l’édition des sermons sur Job parue à Venise en 1545 chez Niccolò Bascarini, la lettre initiale d’un traducteur anonyme laisse entendre qu’un auditeur anonyme aurait traduit en latin les sermons de 1494 sur Aggée et les sermons de 1495 sur Job prononcés en langue vulgaire. Stefano da Codiponte étant toutefois déjà mort dès 1499, soit peu de temps après l’exécution de Savonarole, il est peu vraisemblable qu’il s’agisse de lui. Selon l’hypothèse développée par Cesare Vasoli, Stefano da Codiponte aurait pu confier des documents à frère Zaccaria da Lunigiana. Au couvent de San Romano de Lucques, il a en effet rencontré un autre frère qui avait déjà recueilli sur le vif des sermons de Savonarole : frère Girolamo Giannotti da Pistoia, auteur d’une édition en langue vulgaire des sermons que Savonarole a prononcés en 1493 sur le Psaume Quam bonus Israel Deus. On pourrait dès lors imaginer que lorsque Zaccaria da Lunigiana s’est réfugié à Venise en août 1530, après la capitulation de la République florentine devant les armées de Charles Quint, il s’est chargé de faire imprimer des reportations de sermons qu’on lui avait confiées.
Le témoignage de Lorenzo Violi, le notaire dont on sait qu’il a pris en notes tous les cycles de sermons à partir de 1495, invite toutefois à reconsidérer ces informations. Dans sa lettre de dédicace des Giornate, Lorenzo Violi informe en effet le duc de Ferrare qu’« <…> on vient de retrouver deux livrets en langue latine de sermons du révérend père Jérôme dont on a parlé, l’un de 23 sermons sur le reste, l’autre de 47 sermons sur Job qui les suivent, tous prononcés à Florence en 1494 et 1495 ; la lettre aux lecteurs qui suit dit par qui ces sermons, longtemps cachés et désormais mis au jour, ont été traduits du latin en langue vulgaire, et de quelle façon et avec quelle forme, pour être utiles à tous ; et je ne vois pas et je ne connais pas de chose plus juste et plus digne à faire de ce trésor qui était perdu que de le rapporter et de le rendre à son premier Seigneur, où se trouvait “ab antiquo” son origine ». (Voir Gian Carlo Garfagnini, « Ser Lorenzo Violi e le prediche del Savonarola » dans Dal pulpito alla navata. La predicazione medievale nella sua recezione da parte degli ascoltatori (secc. XIII-XIV), Convegno Internazionale di Storia Religiosa in memoria di Zelina Zafarana, Medioevo e Rinascimento. Annuario del Dipartimento di Studi sul Medioevo e il Rinascimento dell’Università di Firenze, III, 1989), Florence, Olschki, 1989, p. 283, pour le texte original).
Comme l’affirme de façon convaincante Gian Carlo Garfagnini, tout porte ainsi à croire que Lorenzo Violi parle ici de lui-même et qu’il serait le « traducteur » des sermons sur Aggée qui est évoqué dans l’édition de Bascarini : l’expérience et la compétence qu’il a acquises en écoutant Savonarole et en prenant des notes pour établir le texte des sermons à partir du cycle sur les Psaumes lui auraient permis d’étoffer les schémas latins autographes des sermons sur Aggée.
Nous suivons ici le texte établi et publié en 1965 par Luigi Firpo qui décrit son travail philologique dans l’édition papier à laquelle nous renvoyons.
Signification du texte biblique commenté par Savonarole
Savonarole commente des passages variés de la Bible dans les sermons I à VI, puis des Psaumes dans les sermons VII à XIV. Ce n’est qu’au moment où il veut convaincre du bien-fondé de la réforme politique qu’il appelle de ses vœux qu’il choisit de s’appuyer sur la figure d’Aggée, le prophète de la reconstruction du Temple de Jérusalem.
En 520 avant Jésus-Christ, soixante-dix ans après que l’Empire de Babylone a ravagé Jérusalem, détruit le Temple et condamné sa population à l’exil, conformément à ce qu’avaient prédit les prophètes hébreux qui avaient accusé le peuple de rompre l’Alliance avec Dieu, un groupe d’exilés est revenu. Aggée les encourage alors à rester fidèles à l’Alliance et à maintenir leur repentance pour reconstruire le Temple : s’ils maintiennent leur obéissance à Dieu, promet-il, la nouvelle Jérusalem triomphera du mal répandu à travers les nations et rachètera ainsi le monde entier, tandis que le peuple recevra les promesses du royaume de Dieu à venir (2, 9). Dans le détail, Savonarole veut d’autant plus s’identifier à Aggée que la parole de ce « messager de Yahvé » (1, 13) qui a su déceler l’urgence spirituelle dans laquelle se trouvait le peuple juif est efficace : ce dernier est en effet « saisi de crainte » devant les propos de ce petit prophète qui les invite à veiller aux intérêts de la communauté plutôt qu’à leurs propres intérêts (1, 9 et 1, 14) – de façon semblable, Savonarole défend régulièrement l’idée du bien commun contre les intérêts particuliers. Le livre d’Aggée est également marqué par l’idée que la reconstruction du Temple est urgente et qu’il faut agir « à partir de ce jour » (2, 15), raison pour laquelle ses oracles se succèdent à un rythme rapide ; de la même façon, Savonarole prêche de façon très rapprochée et insiste sur la nécessité de réformer immédiatement Florence.
Dans ce moment critique et unique du début des guerres d’Italie, Savonarole s’appuie donc sur Aggée pour expliquer aux Florentins qu’ils doivent bâtir la nouvelle Jérusalem d’où partira la réforme universelle.
Volume 1, a cura di Luigi Firpo - 1965
- Sermon 1 – 1er novembre 1494
- Sermon 2 – 2 novembre 1494
- Sermon 3 – 3 novembre 1494
- Sermon 4 – 9 novembre 1494
- Sermon 5 – 16 novembre 1494
- Sermon 6 – 23 novembre 1494
- Sermon 7 – 30 novembre 1494
- Sermon 8 – 7 décembre 1494
- Sermon 9 – 8 décembre 1494
- Sermon 10 – 10 décembre 1494
- Sermon 11 – 12 décembre 1494
- Sermon 12 – 13 décembre 1494
- Sermon 13 – 14 décembre 1494
- Sermon 14 – 15 décembre 1494
- Sermon 15 – 16 décembre 1494
- Sermon 16 – 17 ou 18 décembre 1494
- Sermon 17 – 18 ou 19 décembre 1494
- Sermon 18 – 19 ou 20 décembre 1494
- Sermon 19 – 21 décembre 1494
- Sermon 20 – 23 décembre 1494
- Sermon 21 – 25 décembre 1494