SavonarOnline
Édition numérique annotée et commentée des sermons de Jérôme Savonarole
En cours de réalisation
gravure de Jérôme Savonarole
École florentine, Portrait de Savonarole en médaille, XVe siècle, Museo del Bargello, Florence.
I, Sailko, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

La République des Médicis

Lorsque Savonarole s'installe à Florence, les Médicis gouvernent depuis 1434, se transmettant le pouvoir de père en fils.

Les Florentins sont pourtant attachés à un régime libre, c'est-à-dire à un régime de type républicain qui, fondé sur l'idée d'une égalité des citoyens entre eux, accorde à chacun la possibilité de participer au gouvernement de la cité (à l'exclusion de la plèbe). Cet ordre républicain repose sur une représentation des citoyens liée d'une part au territoire - Florence est divisée en quatre quartiers, eux-mêmes divisés en quatre gonfalons chacun - et d'autre part au métier - l'appartenance aux corporations. Les Florentins regroupés dans les corporations constituent le popolo, qui domine la scène politique à partir de 1293. C'est en effet à cette date qu'est créé le gonfalonier de justice, chargé de veiller au respect des mesures prises contre les magnats, qui sont les représentants de l'ordre féodal. Avec les huit Prieurs, il constitue la Seigneurie qui est élue tous les deux mois et qui détiendra le pouvoir exécutif et législatif jusqu'en 1532, date de sa suppression.

C'est entre autres par le contrôle de l'élection de la Seigneurie que les Médicis assurent leur suprématie. Au lieu de maintenir les accoppiatori dans un simple rôle de secrétaires chargés d'établir les listes des Florentins qui remplissent les critères requis pour être élus, les Médicis les chargent de choisir les noms et le nombre des candidats éligibles à la Seigneurie. Si le tirage au sort demeure déterminant pour que l'élection soit effective, il se fait toutefois parmi des candidats sélectionnés pour leur fidélité aux Médicis. Sans opérer de changement constitutionnel, mais en reconduisant régulièrement les accoppiatori dans leur fonction alors qu'ils étaient soumis, comme les autres magistrats, à une rotation rapide des charges, les Médicis s'emparent donc du pouvoir exécutif.

Les conséquences de la campagne de Charles VIII

En 1454, après des décennies de conflits à visée expansionniste, les plus grands États de la péninsule italienne (la république de Venise, le duché de Milan, les États de l'Église, le royaume de Naples et la république florentine des Médicis) constatent qu'aucun d'entre eux n'est en mesure d'imposer sa suprématie sur les autres. La signature de la paix de Lodi qui en découle assure une période de tranquillité sans précédent, les guerres, ponctuelles et circonscrites, étant rapidement résolues. Mais au mois de septembre 1494, le roi de France Charles VIII franchit les Alpes pour faire valoir les droits de sa dynastie (la maison d'Anjou) sur le royaume de Naples, conquis par la dynastie espagnole des Aragon en 1442. L'irruption de cette armée étrangère, impressionnante par son nombre et sa puissance, suscite la stupeur. « Combien de fois je l'ai vu pleurer en ce temps-là, et affirmer qu'il voyait la ruine de la cité et que les Français venaient pour détruire l'Italie tout entière ! », raconte Francesco Vettori en évoquant son père.

À Florence, Pierre de Médicis - qui a pris la place de son père Laurent le Magnifique, mort depuis deux ans - prend une décision qui mettra fin à soixante ans de domination de sa famille. Alors que le roi de France est déjà à proximité de la cité, Pierre part à sa rencontre, seul et sans consulter les magistrats florentins, le 26 octobre 1494. Quatre jours plus tard, il cède à la France les forteresses situées sur la frontière nord de la Toscane, qui étaient les clés du territoire florentin. Grâce aux interventions de Savonarole que la Seigneurie envoie en ambassade auprès de Charles VIII, le souverain continuera sa route vers Rome, puis Naples, dès le 28 novembre, avant de retourner en France en 1495.

Pour les habitants de Florence, l'attitude de Pierre de Médicis est inacceptable. Le fils de Laurent le Magnifique est chassé le 9 novembre 1494, au cri de « popolo e libertà », « peuple et liberté ». Soixante ans de régime médicéen prennent ainsi fin, de façon aussi radicale qu'inattendue. Les Florentins doivent dès lors se poser la question de la forme de gouvernement qu'il convient de mettre en place pour éviter le retour des Médicis qu'ils considèrent comme une tyrannie. Pour ce faire, ils ont le choix entre deux possibilités : soit le retour à un type de gouvernement oligarchique semblable à celui qui était en vigueur avant la suprématie des Médicis, soit une forme nouvelle. La première solution l'emporte pendant quelques semaines. C'était sans compter l'intervention de Savonarole qui, prenant appui sur l'insatisfaction dominante, va se révéler décisive.

Pour le prieur de San Marco, Charles VIII est envoyé par Dieu pour libérer Florence de ses péchés. La cité du lys doit être la nouvelle Jérusalem d'où partira la réforme de l'ensemble de la chrétienté. Mais pour que Florence soit rénovée, elle doit donner une « nouvelle forme » à son gouvernement. Si le dominicain laisse les Florentins libres de leur choix, il insiste sur la nécessité de choisir le gouvernement de la multitude parce que, dit-il, les Florentins y sont tellement habitués que si un homme seul cherchait à prendre le pouvoir, il serait contraint à gouverner de façon tyrannique, ce qui est le pire gouvernement qui soit, comme l'a enseigné Aristote.

Sous l'impulsion de Savonarole, Florence se dote alors de nouvelles institutions, le Grand Conseil et le Conseil des Quatre-vingts. Le Grand Conseil donne à une grande partie des citoyens la possibilité de participer à la vie politique (3350 membres pour une population de 10 000 habitants). Il s'agit des hommes de plus de vingt-neuf ans qui ont déjà été tirés au sort pour siéger au sein des trois principales institutions, ou dont le père, le grand-père ou l'arrière-grand-père a été dans ce cas. Nommés à vie, ils votent les lois présentées par la Seigneurie et élisent les magistrats. Quant aux membres du Conseil des Quatre-vingts, ils sont nommés pour six mois et ont un rôle consultatif : ils examinent les propositions de loi faites par la Seigneurie avant de les soumettre au Grand Conseil.

Ces institutions seront supprimées en 1512 lorsque les Médicis parviendront à revenir à Florence avec l'appui des troupes espagnoles. Le Grand Conseil est remis en place en 1527 alors que Florence est gouvernée par des partisans radicaux des idées savonaroliennes et que les Médicis ont été chassés une nouvelle fois. Il est aboli pour toujours en 1530 lorsque les Médicis reviennent définitivement à Florence. Alexandre, fils naturel de Laurent de Médicis, duc d'Urbino, et petit-fils de Laurent le Magnifique, prend alors le titre de « duc de la République florentine » en 1532, en même temps que la Seigneurie disparaît.