SavonarOnline
Édition numérique annotée et commentée des sermons de Jérôme Savonarole
En cours de réalisation
gravure de Jérôme Savonarole
École florentine, Portrait de Savonarole en médaille, XVe siècle, Museo del Bargello, Florence.
I, Sailko, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

L'entrée dans les ordres et la formation intellectuelle

Girolamo Savonarola est né à Ferrare le 21 septembre 1452. Originaire de la république de Venise, sa famille arriva à Ferrare en 1440, lorsque Michele, son grand-père, fut engagé comme médecin par les Este qui dirigeaient la cité. Si les archives nous renseignent peu sur la jeunesse de Savonarole, on sait toutefois qu'il obtint le diplôme de magister en arts libéraux et qu'il était destiné à embrasser la même carrière que celle de son aïeul.

Mais le 23 avril, il entre au couvent dominicain de Bologne, principal lieu de formation des frères prêcheurs dans la péninsule italienne. Il explique sa décision dans une lettre qu'il envoie à son père deux jours plus tard : la corruption des mœurs lui est devenue insupportable. Dès le début de sa vocation religieuse, Savonarole insiste ainsi sur la crise spirituelle qu'il dénonce chez ses contemporains et sur la nécessité de faire pénitence.

Il prononce ses vœux en 1476, au printemps, avant d'être admis au diaconat le 1er mai 1477. Il suit l'enseignement de Dominique de Flandres, de Dominique de Perpignan et de Pierre de Bergame, puis du prédicateur Niccolò de Pise, auteur d'opuscules sur la vie ascétique. En 1489, on l'envoie enseigner la logique aux novices du couvent dominicain de Ferrare.

Le 28 avril 1482, à Reggio, au cours du chapitre de la congrégation lombarde de l'ordre dominicain, il est élu lecteur au couvent florentin de San Marco, qui avait été protégé et financé par Côme de Médicis.

Les notes de lecture contenues dans le codex Borromeo qu'a étudié Giulio Cattin nous donnent des informations sur les textes qu'étudiait Savonarole : la Bible, bien sûr, ainsi que les œuvres de Thomas d'Aquin, de ses commentateurs et d'Albert le Grand. Mais aussi les œuvres des Pères de l'Église, en particulier de Grégoire le Grand, l'Historia Scholastica du théologien Pierre de Troyes (1100-1179), l'Ordinarium juxta ritum sacri Ordinis Fratrum Prædicatorum (un des quatorze livres de la liturgie dominicaine), la Summa de virtutibus et vitiis du prédicateur dominicain Guillaume Peyraut (1200?-1271), les Vitæ Patrum, le Speculum historiale de l'encyclopédiste Vincent de Beauvais (1184/1194-1264), le De civitate Dei de saint Augustin et les Decretales - recueil de droit canonique promulgué par Grégoire IX - et la Summa Theologica moralis de saint Antonin, ancien archevêque de Florence. De son côté, Savonarole a composé deux recueils de notes sur les œuvres de Platon et d'Aristote.

Le début de la prédication (1482-1490)

Entre 1482 et 1490, Savonarole partage sa vie entre les séjours à Florence (où il donne des leçons de philosophie et de théologie aux moines de San Marco) et la prédication itinérante dans le nord de la péninsule.

À Florence, entre l'avent 1482 et le carême 1483, il prêche dans l'église des moniales bénédictines, les Murate, et dans l'église d'Orsanmichele pour un public laïc, puis en 1484, dans l'église San Lorenzo. Dans le monastère florentin de Saint-Georges, il a une révélation qui sera déterminante pour la suite de sa prédication : les fléaux sont proches et l'Église doit être flagellée, puis rénovée.

En 1485, Savonarole commence sa prédication prophétique à San Gimignano, jusqu'au carême 1486. Au début de l'année 1487, il part à Bologne où il est nommé « maître des études » du Studium generale des dominicains.

De retour à Florence en 1487, il prêche dans l'église Santa Verdiana pour le carême avant d'être envoyé, l'année suivante, à Ferrare. En 1489, il prononce les sermons pour l'avent à Brescia, et en 1490, les sermons de carême dans l'église Santa Maria a Castello à Gênes.

L'installation à Florence

À la demande de Laurent le Magnifique, lui-même influencé par Pic de la Mirandole, Savonarole s'installe définitivement à Florence au milieu de l'année 1490. Entre août 1490 et janvier 1491, il prêche dans le couvent San Marco, commentant d'abord l'Apocalyse puis la première épître de Jean. Pour le carême 1491, il prêche pour la première fois dans la cathédrale Santa Maria del Fiore.

Élu prieur de San Marco en juillet 1491, Savonarole n'a de cesse de réclamer que la province toscane soit séparée de la province lombarde. Pour le carême 1492, il prêche dans l'église San Lorenzo, d'abord sous la forme d'une lectio continua de la Genèse (qui consiste à commenter le livre de façon consécutive) puis sur le livre de l'Apocalypse.

Le 6 avril 1492, au cours d'un sermon, il raconte la vision qu'il a eue pendant la nuit : le glaive du Seigneur va s'abattre bientôt et rapidement (« Ecce gladius Domini super terram, cito et velociter »). Il annonce la mort de Laurent le Magnifique, qui surviendra deux jours plus tard, ainsi que celle du pape Innocent VIII - Rodrigo de Borja lui succédera sous le nom d'Alexandre VI à partir du 11 août 1492.

En 1493, un bref papal autorise le couvent San Marco à se séparer de la congrégation lombarde dont il faisait partie depuis 1451. Savonarole a obtenu satisfaction grâce au soutien de Pierre de Médicis, qui voit d'un bon œil que le couvent San Marco soit davantage lié à Florence et cesse de défendre les intérêts milanais.

La prédication à Florence au moment des guerres d'Italie (1494-1498)

1494

En 1494, tandis qu'il prêche sur la Genèse pour le carême, Savonarole appelle les Florentins à se repentir et à entrer dans une arche mystique pour se mettre à l'abri des tribulations à venir. Le 2 septembre, le roi de France Charles VIII franchit les Alpes au mont Genèvre, revendiquant ses droits sur le royaume de Naples en tant qu'héritier de Charles d'Anjou. Le 21 septembre, le roi de France entre à Gênes. Michel-Ange et Jean Pic de la Mirandole sont particulièrement impressionnés par Savonarole qui commente le verset de la Genèse « Et moi, je vais faire venir le déluge d'eaux sur la terre ».

Le 31 octobre, Pierre de Médicis demande au gouvernement florentin de ratifier l'accord qu'il a passé, seul, avec le roi de France pour lui céder les forteresses qui défendent Florence. Le 1er novembre, Savonarole commence à prêcher sur Aggée. Il appelle les Florentins à faire pénitence, les exhortant à entrer dans l'arche sainte. Le 5 novembre, il fait partie de la délégation envoyée en ambassade auprès de Charles VIII. Il rencontrera de nouveau le roi le 21 novembre. Après que Pierre de Médicis a été chassé de Florence le 9 novembre, Savonarole exhorte ses fidèles à rénover le gouvernement de leur cité. Il répète que Florence, « cœur » et « ombilic » de la péninsule, pourra montrer la voie de la réforme morale et spirituelle à la péninsule, à l'ensemble du monde chrétien et jusqu'aux Infidèles.

1495

Le 6 janvier 1495, il commence la prédication sur les Psaumes qu'il continuera jusqu'à la fin de l'année tous les jours de fête. Il y développe les grandes lignes de la réforme politique qu'il préconise, explique ce qu'il entend par la rénovation de l'Église, et définit son charisme prophétique. Le 1er mars, il commence les sermons sur Job, continuant à évoquer les tribulations qui menacent Florence et évoquant la « guerre spirituelle » qu'il faut mener contre les mauvais religieux. Une campagne de dénigrement est menée par ses adversaires. Il faut dire que sa parole a de plus en plus de poids dans les affaires de la cité. Sous son influence, une loi permettant à un citoyen condamné à voir ses biens confisqués, à être banni ou à être exécuté est votée. Et conformément à ses préconisations, Florence ne rejoint pas la ligue qui réunit le 1er avril Milan, Venise, le pape, l'empereur Maximilien et le roi d'Espagne contre la France. L'hostilité à son encontre grandit au point qu'il est victime d'une agression le 24 mai. Entre mai et août, il rédige le Compendio di rivelazioni dans lequel il s'explique sur les révélations divines et sur le sens de son message prophétique.

Le 21 juillet, le pape le convoque à Rome pour lui demander de justifier son charisme prophétique. Savonarole refuse, ce qui lui vaut une nouvelle convocation le 8 septembre, le pape l'accusant d'hérésie et le menaçant d'excommunication, avant de lui interdire toute prédication publique ou secrète par un bref du 16 octobre.

1496

En janvier 1496, la Seigneurie florentine intercède auprès du pape pour que Savonarole recommence à prêcher. À partir du 17 février, il prononcera les sermons sur Amos et Zaccharie et les sermons sur Ruth et Michée. Il appelle toujours à la réforme, brandit la menace des tribulations et donne l'espoir d'une rénovation. Les enfants et les adolescents occupent une place importante dans ses sermons et il aborde souvent la question de la réforme des femmes et des jeunes filles. Il continue à défier ouvertement Rome, à exiger la punition des blasphémateurs, des joueurs et des sodomites et à vanter les mérites d'un gouvernement ouvert au plus grand nombre. Dans son sermon du 20 août, il refuse le cardinalat que lui propose le pape et affirme préférer « le chapeau rouge de sang » du martyre.

1497

De janvier à mars 1497, il continue les sermons sur Ézéchiel qu'il avait commencés le 30 novembre 1496. Ses partisans forment désormais un groupe organisé, sous la houlette de Francesco Valori, élu gonfalonier de justice avec son soutien. Le 7 février, les enfants et les adolescents, que les contemporains appellent les « enfants du frère », défilent en procession et enflamment un bûcher des vanités. Le 3 mai, face aux protestations qui ont accompagné la décision de la Seigneurie d'assouplir la réforme morale de la cité, elle interdit toute prédication de Savonarole durant l'été. Sous la pression des partisans du prieur de San Marco, elle doit toutefois autoriser le prêche de l'Ascension. Au cours de ce sermon que ses adversaires perturbent en souillant la chaire, Savonarole redit que sa mission de réformateur lui vient de Dieu et il annonce son martyre.

Le 13 mai, le pape l'excommunie par un bref qui n'arrive à Florence que le 18 juin. Le 17 août, cinq Florentins sont condamnés à mort pour avoir comploté en faveur de Pierre de Médicis. Alors qu'ils avaient décidé de faire appel de la sentence, comme la nouvelle loi pourtant fortement soutenue par Savonarole lui-même les y autorise, cette possibilité leur est refusée. Les adversaires de Savonarole se radicalisent - « c'est un mauvais exemple de ne pas observer une loi déjà faite, surtout de la part de son auteur », commentera Machiavel à ce propos.

1498

En 1498, sous la pression de ses partisans, Savonarole remonte en chaire pour commenter l'Exode, dont le premier sermon est aussitôt publié. Au cours des semaines qui suivent, il insiste sur la non-validité de l'excommunication, intensifie ses critiques contre la curie, parle de la façon dont il faut traiter ses « ennemis » et se dit prêt au martyre.

Le 26 février, le pape menace de lancer l'interdit contre Florence si Savonarole ne lui est pas livré à Rome, mais le 28 février, les Florentins assistent à un nouveau bûcher des vanités et à une nouvelle procession des « enfants du frère ».

Le 1er mars, Savonarole réfute les accusations du pape, prédit encore la venue des fléaux, se dit certain de la victoire des « bons » sur les « mauvais » et annonce qu'il prêchera désormais à San Marco.

Le 18 mars, il prononce son dernier sermon alors que les marchands florentins résidant à Rome et qui ont vu leurs biens confisqués par le pape écrivent à la Seigneurie pour l'inciter à agir contre le prédicateur.

Le 7 avril, l'épreuve du feu, proposée par le franciscain Francesco di Puglia pour démontrer que Savonarole est un hérétique, et qui acceptée par Domenico da Pescia, se termine sous la pluie, après six heures de tracasseries entre franciscains et dominicains.

Les adversaires de Savonarole, estimant dès lors que le dominicain n'est pas soutenu par Dieu, attaquent le couvent, et il est conduit en prison avec Domenico da Pescia. À l'issue d'un procès dirigé d'abord par les autorités florentines puis par des représentants du pape, Savonarole est pendu et brûlé le 23 mai 1498 et ses cendres sont dispersées dans l'Arno. Domenico da Pescia ainsi que frère Silvestro subissent le même sort.